C’est le thème d’un atelier qui s’est déroulé du 12 au 16 avril dernier au Centre Kenyatta de conférence internationale à Nairobi au Kenya.
Le changement climatique a tellement bouleversé le monde agricole que les récoltes se sont rétrécies en Afrique et dans d’autres pays en développement. Cela a jeté une grave inquiétude sur les petits producteurs d’Afrique qui ne savent plus à qui s’en remettre. Selon les chercheurs, si les choses restent en l’état, le continent africain aura du mal à nourrir ses enfants d’ici à 50 ans, vu l’accroissement de sa population (10% de la population mondiale). Cependant, les spécialistes voient une issue de sortie.
D’abord privilégier les informations climatiques qui sont au début et à la fin de toute production agricole. “Nous avons des scientifiques, des spécialistes qui peuvent prévoir le temps, mais ils ne le font pas”, déplore Hans Rudolf Herren, un des panélistes, président de Millenium Institute basé à Washington. Les services météorologiques de chaque pays doivent renforcer leurs capacités opérationnelles en vue de fournir aux agriculteurs les informations climatiques en temps réel “pour les aider à prendre la bonne décision au bon moment”, ajoute Hans Herren. Le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (Omm), le Français Michael Jarraud plaide, lui, pour le recrutement de jeunes météorologues dans les ministères concernés. “Il faut démonter que l’argent mis dans la météo n’est pas perdu, mais constitue un investissement”, maintient-il. Pour son adjoint, le Sud africain Jeremiah Lengoasa, “les cultivateurs ont besoin des informations adéquates. Quelle quantité de pluie tombera, par exemple. Le ministère de l’agriculture doit conseiller les cultivateurs sur tout ce dont ils ont besoin pour faire leur travail. Et ces derniers doivent se mettre en association pour demander ce dont ils ont besoin au département en charge de l’agriculture et de la météo”. Car les productions agricoles dépendent en grande partie des aléas climatiques. C’est d’ailleurs ce qu’a recommandé la première conférence des ministres africains en charge de la météorologie, tenue du 15 au 16 avril dernier à Nairobi. Les ministres africains s’engagent à “renforcer les services météorologiques nationaux en les dotant de toutes les ressources nécessaires et de cadres institutionnels appropriés afin de leur permettre de s’acquitter pleinement de leurs fonctions (…)”, lit-on dans la déclaration dite de Nairobi.
Il faut promouvoir la technique push-pull qui permet aux paysans de multiplier par 4 ou 5 leurs productions (voir NDJH 1275). Cette pratique convient mieux aux paysans africains qui sont, pour la plupart, des petits producteurs parce qu’elle n’a pas besoin d’engrais chimique qui appauvrit les terres cultivables. Les experts encouragent les paysans à pratiquer l’agriculture bio (sans engrais chimiques ni pesticides), celle qui consiste à utiliser les déchets organiques. Les cultivateurs sont également conseillés de faire la culture diversifiée qui réduit les risques de grosses pertes et produit une source diversifiée de revenus. Ils doivent associer à cela l’élevage laitier qui demeure une source de revenus non négligeable. Ce secteur a permis aux paysans de Kabiyet dans le district de la Vallée du Rift au Kenya de produire, en l’espace de 11 mois d’activité, 36.000 litres de lait par jour. D’ici à quelques mois, ils ouvriront leur propre banque.
Ensuite, les gouvernements sont appelés à mettre plus d’argent dans l’agriculture (10% du produit intérieur brut). “Les gens oublient qu’il y a de grandes potentialités d’accroître la production des vivres en Afrique. Les agronomes et d’autres spécialistes en agriculture doivent y penser”, fait remarquer un autre conférencier, Pr Christian Borgemister, directeur du Centre international de recherche en physiologie et écologie des insectes (Icipe) à Nairobi.
Les experts ont attiré l’attention des journalistes sur le danger que représentent les investisseurs étrangers qui dépossèdent les cultivateurs africains de leurs terres cultivables. “C’est une nouvelle façon de déposséder l’Afrique de ses ressources car, le gain à court terme fera perdre ses terres à l’Afrique”, critique Paul Matiku, directeur de Kenyan Nature. Son compatriote, John Matunga, de la Fédération nationale des producteurs agricoles du Kenya (Kenfap) abonde dans le même sens. “Le gouvernement ne fait que chercher des investissements étrangers. Mais c’est une manière de marginaliser les gens. Est-ce que l’Afrique devient un champ d’expérience ? Les gouvernements africains en sont-ils vraiment conscients ?”, s’interroge-t-il. Quant à Su Kahumbu, fondatrice de Green dream, une Ong qui encourage l’agriculture organique, elle regarde vers la jeunesse. “Nous devons réinventer l’agriculture en attirant les jeunes à travailler la main dans la main avec les cultivateurs”, propose-t-elle.
La gestion de l’eau s’impose également, puisque les eaux de ruissellement, qui pouvaient rendre service, sont perdues chaque année, alors que certaines régions présentent de faibles pluviométries.
Voilà quelques solutions que les techniciens et experts proposent aux gouvernants et cultivateurs afin de maximiser les productions agricoles et éloigner le spectre de la famine en Afrique. La balle est dans le camp des acteurs du monde agricole.
Augustin Zusanné
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